Installation en polyptyque photographique, 
Oeuvre collaborative Marine Cessat-Bégler - Hélène Maris 

Cybèle, la Grande Déesse incarnant la nature sauvage et la force s’est bien assagie… Figure femme mythologique puissante, elle est à l’origine du culte chrétien rendu à la Vierge Marie, une représentation féminine et un modèle bien plus sage, pur, vertueux…une mère avant tout ! Elle est cette « nouvelle Eve » qui vient rétablir l’ordre et réparer le pêché originel commis par Eve. 
Instrument de propagande iconique, la représentation de la Vierge Marie contraint les femmes à la soumission patriarcale et à la docilité sociétale en imposant violemment le fantasme masculin de la femme parfaite. 
Marine Cessat-Bégler et Hélène Maris, deux femmes artistes, mettent en scène la Vierge Marie. Cette forme, iconique, symbolique et historique, peut ressurgir à différentes époques, comme une empreinte inconsciente du passé rebondissant dans le présent, ce que Aby Warburg, historien de l’art, appelle la « Pathosformel ». 
Les deux photographes invoquent et convoquent la représentation de la Madone par le geste photographique. Elles font apparaitre cette « figure-symptôme » (pour reprendre l’analyse réalisée par Georges Didi-Huberman de son concept d’image-symptôme), de l’histoire de l’humanité pour faire naitre une critique engagée du féminin. Madonna, la Sainte-Libération (ou sainte liberté j’aime aussi), est représentative de l’évolution du féminin à travers les générations, jusqu’à sa libération. La vierge se métamorphose, passe par tous les états avec beaucoup d’humour et d’optimisme. Elle découvre et déploie progressivement son énergie vitale, se libère de son drapé symbolique, de son statut, de sa stature et de sa posture, pour s’engager de manière déterminée dans sa vie. Elle bouscule les lignes, son décor de théâtre et le rôle qu’elle joue depuis des siècles, s’émancipe progressivement pour sortir du cadre, comme une histoire inachevée. 
La Vierge, en train d’enlever son « costume de travail », de comédienne, se met à nu à la reconquête de son propre corps et de sa condition humaine. « Clitonoclaste » et désinvolte, Madonna renverse les codes traditionnels et déconstruit l’image cruelle de la femme objet qui la bride depuis des siècles. Lumineuse et dépouillée des scories culturelles imposées, elle se révèle, s’assume, affirme sa présence au monde ; elle s’expose enfin. Le spectateur se retrouve face à une véritable animation d’images photographiques fixes qui rythme et dessine le développement physique et psychique de la Madone dans l’espace et le temps ; une narration qui interroge l’histoire de la représentation des femmes.
Back to Top